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23.04.2010 - "La Commission Karmitz est-elle utile à la culture ?", dans Télérama


Créé et présidé par Nicolas Sarkozy, le Conseil de la création artistique, chapeauté par le producteur Marin Karmitz, a été perçu comme une torpille contre le ministère de la Culture. Plus d’un an après son installation, le CCA, qui ne comprend pas d’artiste, n’a toujours pas trouvé sa place.

Le choix de la date n’a pas échappé aux connaisseurs. C’est le lundi 2 février 2009, plus précisément la veille du 50e anniversaire du ministère de la Culture, que le président de la République installe officiellement en son palais de l’Elysée le Conseil de la création artistique (CCA). Le faisant, il s’inscrit, dit-il, dans le sillage des rois Charles V et François Ier et reprend à son compte la tradition de « l’Etat français promoteur de la création et protecteur des artistes. [...] Moi je veux que cela bouge, je veux que cela change [...]. Je veux que la réponse de la France à la crise économique soit une réponse culturelle ». Peut-il mieux témoigner, à travers le choix de ce lundi 2 février, de la méfiance que lui inspire le ministère en charge des arts et de la culture ? Peut-il mieux signifier le faible intérêt que représentent par exemple à ses yeux les entretiens de Valois, engagés depuis plusieurs mois sous l’égide de la ministre Christine Albanel et supposés permettre la réorganisation du spectacle vivant ? Foin de ces réalités ennuyeuses, Nicolas Sarkozy dit vouloir « donner un coup de pied dans la fourmilière », avant de proclamer : « C’est une nouvelle politique culturelle qu’il faut fonder. »

Une fois son discours terminé, personne ne semble douter que le président de la République vient de se nommer lui-même et en public ministre des arts et de la culture. Si ce n’est grand ordonnateur de la création. Il l’était déjà, nous dira-t-on ? Par certains côtés oui, mais jamais encore il ne l’avait manifesté dans un tel lustre et avec une telle assurance. Jamais encore il ne s’était approprié le concept de création. Jamais surtout il n’avait pour ainsi dire enterré solennellement ce bon vieux ministère de la Culture, certes perclus de mille maux, attaqué de toutes parts, mais dépositaire d’une grande histoire et garant vaille que vaille d’une part de la cohésion sociale. Peut-être n’était-ce que fantasme, mais en créant à ses côtés le CCA, en choisissant de le présider lui-même et en lui assignant entre autres tâches celle de contribuer à la refondation de la politique culturelle, Nicolas Sarkozy en faisait le rival, sinon le substitut imaginaire, du ministère de la Culture, soumis par ailleurs aux rigueurs de la réforme de l’Etat. Hypothéquant du même coup et peut-être pour longtemps sa nécessaire mutation. Dans l’histoire de la Ve République et des politiques culturelles publiques, ce lundi 2 février n’est pas anodin. On pourrait presque parler d’un coup de force.

Trois semaines plus tôt, le 13 janvier, dans un discours fracassant prononcé au Carré d’art de Nîmes devant les professionnels de la culture et de la communication, Nicolas Sarkozy avait annoncé son désir de se doter d’un « conseil pour la création artistique » coprésidé par lui-même et sa ministre de la Culture (1) et animé par le producteur et exploitant de cinéma Marin Karmitz, « qui sait de quoi il parle », précisait-il. Même s’il n’en dit pas davantage, l’annonce produit alors son effet. Malice ou cruauté, dans le même discours, le président ne cite pas moins de dix-huit fois le nom de Christine Albanel. Mais il y a autre chose dans le tableau. La crise économique et financière mondiale, dont le président se dit persuadé qu’elle est également de nature culturelle - il parle d’une « crise des valeurs » - et que la France n’en sortira pas sans justement lui apporter des réponses culturelles fortes. D’où peut-être aussi l’invention de ce Conseil un peu baroque.

Si Nicolas Sarkozy veut que les choses aillent vite, Marin Karmitz n’est pas en reste. Après avoir été un très actif militant maoïste, après avoir réussi dans le cinéma, peut-être s’imagine-t-il sur le point de tenir le troisième rôle de sa vie : ministre. Le lendemain du discours de Nîmes, alors que tout le monde en est à s’interroger sur la mystérieuse invention présidentielle, il donne une interview au journal Le Monde dans laquelle il présente un plan d’action suffisamment ambitieux pour que Christine Albanel en prenne ombrage publiquement et suffisamment précis pour que personne ne doute que l’affaire était dans les tuyaux depuis un certain temps. Il y affirme notamment que son Conseil aura vocation à s’occuper de tout, sauf du patrimoine, généreusement abandonné au ministère. Il concède enfin que, « même si la ministre de la Culture y est évidemment présente, le Conseil est directement en lien avec le président de la République ».

La ministre répond aussitôt que « Marin va être l’animateur d’une structure légère d’observation, de proposition et de captation d’idées nouvelles ». En clair, elle s’emploiera à le marginaliser aussi longtemps qu’elle sera là. Entre refondation politique et captation d’idées nouvelles, la marge est immense. Toute l’ambiguïté du futur CCA est dite. Est-il institué pour inventer une solution de remplacement à l’existant ou bien, plus modestement, pour mettre de l’huile dans les rouages d’une administration un peu poussive ? Est-il un stratège ou un opérateur ? Est-il initiateur ou conseiller du prince ?

S’il l’avait voulu, Nicolas Sarkozy pouvait très facilement lever le doute. Voire jouer un très gros coup politique en lançant des états généraux ou un Grenelle de la culture, puisque celle-ci était la meilleure des réponses à la crise économique et financière. Qui aurait refusé d’y prendre part ? Plus modestement, il pouvait aussi recréer d’un côté une sorte de haut conseil de la culture, composé d’artistes et d’intellectuels, tel qu’il en a existé par le passé et chargé de nourrir sa réflexion, et réinventer de l’autre un fonds d’intervention culturelle quelconque, inspiré du lointain FIC (1971-1984), rattaché directement et financièrement au ministre de la Culture et donnant à celui-ci une vraie capacité d’action. Entre autres avantages, cette dernière formule aurait évité à plusieurs membres du CCA de risquer de se trouver juge et partie, qu’il y ait ou non prise illégale d’intérêts avérée dans tel ou tel projet initié et abondé par le Conseil et impliquant l’institution qu’ils dirigent. Est souvent évoquée, à ce propos, la situation de Dominique Hervieu, à la fois directrice du Théâtre national de Chaillot et opératrice du projet estampillé par le CCA « Imaginez maintenant ». Violemment hostile au Conseil, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) et son patron, François Le Pillouër, ont fait de cette question l’un de leurs chevaux de bataille (2).

Pourquoi et comment Marin Karmitz ? Deux réponses possibles à ces questions. La première est distrayante. La seconde, plus triviale. Dans la première, Marin Karmitz rencontre Nicolas Sarkozy, c’est la première fois qu’ils se voient. Ce rendez-vous survient immédiatement après que le premier a donné, le 9 décembre 2008, une interview au Monde dans laquelle il affirme qu’en supprimant la publicité sur le service public de télévision Nicolas Sarlozy l’avait peut-être sauvé. Il est reçu à l’Elysée le lendemain. Le 25 novembre précédent, le même Marin Karmitz avait signé une tribune dans le même journal pour dire à peu près le contraire. Donc nos deux fauves en sont à se toiser, lorsque entre dans le bureau présidentiel Carla Bruni-Sarkozy. On parle cinéma, on parle culture et, de fil en aiguille, on en arrive à évoquer ces grands présidents du passé qui avaient tous un grand dessein culturel...

Dans la seconde, attestée par Patrick Bouchain, un architecte jamais éloigné des allées du pouvoir, familier de Marin Karmitz et concerné par deux projets actuellement poussés par le CCA, c’est Alain Minc, homme d’affaires et conseiller à peine officieux du président, qui joue le rôle d’entremetteur. Lui et Marin Karmitz se connaissent de longue date. Alain Minc est, on le sait, celui qui a inspiré à Nicolas Sarkozy la fin de la publicité sur le service public de l’audiovisuel. La suite va presque de soi. Patrick Bouchain, qui en a vu d’autres, ajoute : « Un homme politique est toujours à l’affût d’un coup. Avec le CCA, Sarkozy se met dans la poche un homme qui a réussi dans les industries culturelles, il récupère dans ce Conseil des gens classés à gauche, il divise un milieu qui lui est hostile et, enfin, il empoisonne la vie de sa ministre. » Bouchain conclut : « Il entre souvent plus de naïveté qu’on ne le croit dans ce genre de décision. » De naïveté, d’emphase ou de bricolage. Trois mots qui illustrent assez bien le réformisme sarkozien et ses limites. De ce point de vue, la gestation du CCA est un cas d’école.

Douze membres - tous bénévoles - y figurent, dont une seule femme, aucun étranger, et aucun artiste, puisque la chorégraphe Dominique Hervieu y a été appelée en tant que directrice du Théâtre national de Chaillot (3). Douze membres, dont plusieurs sont étiquetés de gauche. C’est l’ouverture appliquée à la culture. Et la division garantie dans les professions concernées. On n’imagine pas le niveau de violence verbale qu’auront suscité ce Conseil de la création artistique et plusieurs de ses membres. Une violence qu’explique sans doute l’anti-sarkozysme. Mais une violence qui raconte aussi bien autre chose. C’est que la création et la composition du CCA ont brisé un unanimisme de façade traditionnel - et largement illusoire - dans les métiers de la culture. Elles ont mis à nu la singulière fragilité de professions que l’on imaginait plus assurées de leur légitimité. Comme si le CCA représentait la France des seigneurs. Et renvoyait aux autres un sentiment de déqualification sociale et symbolique. D’une certaine manière, la création du CCA prolonge une séquence ouverte en 2003, au plus fort de la crise de l’intermittence.

C’est le jeudi 10 septembre 2009, au musée du Quai Branly, que Marin Karmitz présente, avec à sa droite un Frédéric Mitterrand (4) apparemment coopératif, les dix projets sélectionnés par le Conseil qu’il anime. « Ce que nous avons fait, le ministère de la Culture n’aurait pas pu le faire », affirme-t-il non sans audace. Fête de la jeune création, orchestre pour les jeunes en quartier sensible, colline des arts dans l’Ouest parisien, école de cinéma nomade, visites virtuelles de musées, diffusion d’opéras dans les théâtres publics, cinémathèque de l’étudiant... La liste n’est pas dé­shonorante. Seulement elle ne comporte rien qui ne puisse relever d’une manière ou d’une autre d’un ministère, celui de la Culture notamment. Rien ou presque qui n’ait été tenté ici ou là en d’autres temps par des institutions ou des associations. Rien ou presque qu’un journaliste culturel n’ait pu observer depuis une vingtaine d’années. Rien qui ne rappelle les solides mérites de l’action culturelle que les derniers gouvernements se sont acharnés à détricoter avec zèle. Rien qu’un gouvernement de la République ne puisse ni ne doive faciliter s’il voulait bien s’attaquer sérieusement à la question des enseignements artistiques. Sommes-nous rendus à ce point qu’il faille maintenant dans ce pays organiser, par exemple, à grands frais une manifestation pour « rendre visible l’inventivité de la jeunesse » ?

Voulu par un président sorti renforcé de la tourmente financière de l’automne 2008, ne tenant que de lui seul sa légitimité et son existence, le Conseil de la création artistique ne semble pas avoir trouvé sa place. Ni démontré son utilité .

Daniel Conrod

Télérama n° 3145